Le parloir…

Mardi matin, 9 heures à la Maison d’arrêt

« Paul B…, pour le parloir Avocat!! »

On le conduit au parloir Avocats. Il ne s’y habitue toujours pas.

Il n’y a pas de fenêtres, juste une petite ouverture inaccessible, sécurité oblige. Dans cette pièce, il fait trop chaud et trop froid à la fois. Bref, l’endroit ne met pas à l’aise…

Il s’assied et attend son client.

Il voit arriver, Paul, un jeune détenu âgé de 18 ans à peine qui a de magnifiques yeux bleus. Quel profondeur dans son regard.. Il en est touché, sans trop savoir pourquoi…

Paul s’assied à son tour.

Paul lui a écrit. Il lui a demandé de venir le voir, au parloir.

Il a été touché par son courrier et il a accepté de venir le rencontrer.

Le rencontrer dans cette prison. Cela fait plusieurs mois qu’il est inacrcéré.

Paul a été condamné pour des violences aggravées.

Il s’interroge. Comment cet homme qui ne lui inspire que tendresse et qui est si jeune, en est-il arrivé là. Pourquoi? Oui, pourquoi?

Paul a besoin d’un Avocat. Il est convoqué dans deux mois devant le tribunal correctionnel et il veut en finir. En finir avec cette vie, en finir…?

C’est pour cela qu’il lui a écrit. Parce qu’il veut en finir avec cette vie.

Il interroge Paul sur les faits qu’il a reconnu en garde à vue.

Ce dossier semble simple: Paul s’est de nouveau fait agresser par des gars du quartier et il a répliqué.

« Je ne vais pas me laisser frapper, surtout s’ils se mettent à plusieurs. »

Mais cette fois ci, ça s’est mal terminé. Et l’un d’entre eux a été hospitalisé…

Paul a envie d’en finir et c’est pour cela qu’il l’a contacté. Et aussi… Parce qu’il avait besoin de parler.

Il lui a ainsi demandé, de venir le rencontrer au parloir, pour parler…

Paul avait envie de parler. Personne n’a jamais pris le temps de l’écouter, de le regarder, de lui parler…

Ça lui a manqué. Personne ne l’a jamais guidé.

« Je ne suis pas éduqué..  » Lui a-t-il indiqué…

Jamais il n’avait entendu quelqu’un parler avec un tel recul et une telle lucidité. Paul veut en finir, il veut s’en sortir.

« Vous savez en prison, parfois, on ne nous traite même plus comme des êtres humains. On est quand même pas des chiens… »

Il a écouté ce jeune Paul lui parler de sa vie. Une vie fragilisée, lui, que la vie n’avait pas épargné.

Paul a pris des coups. Et il a rendu coups pour coups.

Mais à dix-huit ans, il en voit le bout. Et il a lancé un ultime appel au secours…

Sera -t-il entendu?

 

 

Il suffisait d’être là..

Vendredi, bientôt le week-end

Il revoit défiler sa semaine. Cette semaine où tout à changé. Cette semaine où les masques sont tombés.

Il a vu, il s’est souvenu de celles et ceux qui ont pu, celles et ceux qui ont su être là.

La détresse, la souffrance, le manque, l’absence et la déshérence, il les côtoyés tout particulièrement cette semaine là.

A celles et ceux qui passaient par là, il a voulu leur dire qu’il était là.

Il les a vus pleurer, fatigués, désespérés, désemparés, vidés, avoir envie de tout plaquer; il a les a écouté, il a tenté de les rassurer, de les apaiser; et, cela a marché…

Il l’a senti, mais surtout, ils lui ont ont dit.

Ils lui ont dit merci.

Il suffisait tout simplement d’être là, et cela personne ne l’oubliera…